L’éducation artistique et culturelle comme diffusion de la culture architecturale

  • nov. 2019
  • Par Jessica Auroux , Directrice de la diffusion de la culture architecturale à l'ENSA Saint-Étienne
Colorfully : exposition de restitution des travaux d'ateliers  © Blandine Goin - ENSASE.
Colorfully : exposition de restitution des travaux d’ateliers © Blandine Goin - ENSASE.

« L’éducation artistique et culturelle contribue à l’épanouissement des aptitudes individuelles et à l’égalité d’accès à la culture. Elle favorise la connaissance du patrimoine culturel et de la création contemporaine et participe au développement de la créativité et des pratiques artistiques. » Loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République du 8 juillet 2013.

Profil des intervenantes

  • Blandine Goin, diplômée de l’ENSASE se tourne rapidement vers la transmission envers le jeune public et envisage alors cette voie comme carrière professionnelle. Elle devient enseignante de l’Éducation nationale et revient, quelques années plus tard, en 2004, à sa formation première en architecture, pour animer les ateliers de sensibilisation de l’ENSASE.
  • Manon Desbled est diplômée de l’ENSASE en 2019. Elle intègre l’association Chic, de l’archi ! en 2019 en tant que médiatrice et conceptrice d’ateliers pour le jeune public.
    Chic de l’archi ! est une association loi 1901 dont la mission est de sensibiliser et transmettre au jeune public - de 3 à 17ans - une culture urbaine, architecturale et paysagère. L’association s’intéresse plus généralement à la place de l’enfant dans la ville et en particulier dans la conception des espaces publics. Elle entend donc contribuer aux débats, réflexions et questionnements sur ce sujet et témoigner de ses expériences en la matière.
  • Noémie Dutel est architecte diplômée de l’ENSASE en 2011. Elle exerce son métier d’architecte en libéral dans un territoire rural. Elle fait alors le constat que la culture architecturale est quasi-inexistante et que la pratique de son métier en devient d’autant plus compliquée que les élus, les habitants et l’architecte ne parlent pas le même langage. Ce constat renforce sa détermination à mettre en place des opérations de sensibilisation, principalement en milieu rural et prioritairement à destination du jeune public. Parce que les enfants construiront le futur et seront un jour des citoyens, les sensibiliser à leur environnement bâti, à l’architecture, au paysage et au développement durable est donc primordial.
  • Manon Ravel est architecte diplômée de l’ENSA La Villette et scénographe de l’ENSA Nantes. Elle fonde l’agence soplo avec Pauline Rénier, scénographe, et envisagent toutes les deux leurs pratiques comme collaboratives avec les usagers de leurs créations. C’est ainsi qu’elles développent au sein de l’atelier de scénographie soplo, des démarches participatives menant à la réalisation d’installations diverses. En lien avec des publics amateurs, elle mènent des projets sur la question du paysage, interrogent la ville et sa vie de quartier, ou construisent avec des enfants le décor de leur spectacle de fin d’année. C’est dans cet esprit qu’elles ont imaginé Archiclass’ : un projet collaboratif construit avec l’équipe enseignante, évoluant au gré des propositions des élèves du collège Les Bruneaux.

L’éducation artistique et culturelle est un levier d’émancipation et d’intégration sociale qui justifie la mise en place de démarches favorisant la réduction des inégalités et permettant une égalité dans l’accès de tous les jeunes à la culture, à l’architecture et à l’art. Les partenariats mis en œuvre entre acteurs scolaires, acteurs culturels et collectivités favorisent les échanges et la création de pratiques nouvelles, complémentaires à l’enseignement.

Dans un département qui ne compte ni Maison de l’architecture, ni Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement, l’École nationale d’architecture de Saint-Étienne, en qualité d’établissement public administratif de formation supérieure dans un domaine spécialisé, porte la démarche de sensibilisation à l’architecture, au paysage et à l’urbanisme auprès des publics scolaires.

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Atelier Habiter ensemble autrement © Blandine Goin - ENSASE.

Depuis 2004, l’ENSASE porte la mission de diffusion de la culture architecturale, mission constitutive du projet d’établissement. Elle s’applique, par le biais de dispositifs différents et renouvelés, à transmettre à différents publics les clés de compréhension de l’architecture.
Ce projet articule les dimensions éducatives, culturelles et territoriales et permet un lien avec l’Éducation nationale ainsi qu’une mise en réseau des écoles du territoire avec l’ENSASE.
La démarche de sensibilisation à l’architecture proposée par cette dernière incite l’élève à comprendre la dimension spatiale du monde qui l’entoure, à poser un regard curieux et mieux informé sur son environnement quotidien, l’encourage à devenir un acteur de son cadre de vie.

Enjeu d’architecture : les ateliers découverte

Depuis quatorze ans, ce sont plus de huit mille six cent cinquante élèves de la Loire qui ont bénéficié d’ateliers de sensibilisation.

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Atelier Architectures imaginaires, utopies et réalités © Blandine Goin - ENSASE.

Les ateliers découverte sont animés par une architecte diplômée et se déroulent au sein de l’école. Ils s’appuient sur les fondamentaux de l’architecture (lumière, matériaux, structure, contexte etc.) croisant des connaissances appartenant à divers domaines (sciences et techniques, art, histoire, littérature…). Adaptés à la diversité de chaque classe, de chaque niveau, ils se tiennent en format journée ou demi-journée et accueillent deux classes de niveaux différents, mixées et scindées en groupes. Le travail d’équipe, l’entraide et la complémentarité sont ainsi encouragés.
Pour l’année 2020, l’ENSASE a fait le choix de renouveler son offre d’ateliers à destination des scolaires. Dès janvier 2020, les ateliers «enjeu d’architecture» seront animés par l’association Chic, de l’archi !
L’association propose des outils de médiation et de transmission ludiques et innovants qui pourront répondre à une volonté de transmettre l’architecture autrement et d’ouvrir les thématiques des ateliers : métiers de l’architecture, chantier, les rapports à la ville et au paysage sont autant de sujets qui s’ajouteront à ceux de l’habitat, des espaces, des échelles et de la lumière. Ces ateliers seront animés par Manon Desbled, salariée de l’association, architecte et diplômée de l’école.
Les ateliers découverte s’inscrivent dans une démarche pédagogique et s’intègrent au projet d’école ou de classe des établissements scolaires. Ces ateliers sont gratuits pour les écoles et sont subventionnés par l’État (ministère de la Culture / DRAC Auvergne-Rhône-Alpes). Un livret d’accompagnement, fourni en amont de l’atelier, guide et incite l’enseignant à amorcer en classe une réflexion sur les enjeux de l’architecture et à introduire avec les élèves le travail qui sera réalisé à I’ENSASE.
Ces ateliers, en session intensive, alternent expériences pratiques, sensorielles, créatives et apports théoriques (illustrés par des exemples de réalisations architecturales en France et à l’Étranger). Des temps de prise de parole des élèves, leur permettant d’expliciter leur démarche de travail, sont également mis en place. Les classes, à l’issue des ateliers, sont invitées à visiter I’ENSASE et à « pénétrer » au sein des ateliers d’architecture, favorisant ainsi la rencontre avec les étudiants.
L’année universitaire se clôture systématiquement par une exposition publique d’une sélection de travaux produits au sein des ateliers-découverte invitant enseignants, élèves, parents, étudiants et enseignants en architecture, élus, à se rencontrer et partager les expériences.

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Colorfully : exposition de restitution des travaux d’ateliers © Jessica Auroux - ENSASE.

Les expériences développées individuellement en classe révèlent alors une aventure collective.
En 2019, l’ENSASE a accueilli cinquante deux classes, soit mille cent cinquante et un élèves sensibilisés à l’architecture.

Résidence d’architecture : Archiclass

Premier dispositif de ce genre dans la Loire, ce programme vise à rendre accessible l’architecture et ses enjeux auprès du jeune public. Ce projet culturel et éducatif se veut à la fois participatif et innovant, en faveur d’un public scolaire, animé par une jeune architecte. Manon Ravel, architecte-scénographe (agence soplo), a mené, entre les mois de janvier et mai 2018, le dispositif de la résidence d’architecte répondant au défi de l’expérimentation et de la transmission par la mise en place d’une démarche culturelle et ludique mettant en avant les outils de l’architecte.

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Archiclass - Présentation publique de la maquette Archicorbu © Manon Ravel - soplo.

Cette résidence a été soutenue par la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, en partenariat avec le collège des Bruneaux (Firminy) et le site Le Corbusier.
Sur les six mois de la résidence, ce sont :
-sept ateliers mis en oeuvre, en séances d’une ou deux journées,
-quatre-vingt-dix élèves de 6e, 3e, 4e et Section d’enseignement général et professionnel adapté (SEGPA) impliqués
-douze enseignants et trois médiatrices
Au-delà des chiffres avancés, la résidence mise en place a permis d’établir une médiation entre architecture et cadre de vie sur le site spécifique de Firminy-Vert. De transmettre des notions d’architecture, de ville, des formes, de la lumière comme connaissance d’une culture architecturale. Elle aura également proposé une interprétation du patrimoine de Le Corbusier et de l’architecture du XXe siècle, à travers les confrontations des récits de médiation traditionnels, des activités proposées lors des ateliers et de la sensibilité des élèves.
Les élèves auront trouvé dans ce projet des moyens de s’exprimer, en dehors d’un cadre pédagogique formel. Ce contexte d’atelier, hors cadre théorique figé, aura permis à des élèves d’apprendre différemment, de s’investir plus.1
Le mélange des niveaux, 3e, 4e, 6e et SEGPA aura favorisé une meilleure connaissance de chacun, renforcé un travail collaboratif et soudé des groupes au-delà des niveaux habituels.
Le travail final de la résidence, le réaménagement d’une salle de classe avec du mobilier modulaire, invite également les professeurs à enseigner différemment, à inventer de nouvelles formes de transmission et à favoriser des travaux en dehors du format d’une salle de classe traditionnelle.
Ce projet est lauréat, dans la catégorie collège, du Prix de l’Audace artistique et culturelle, décerné par la Fondation Culture et Diversité, en partenariat avec les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale.

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Archiclass - Atelier Archicorbu © Manon Ravel - soplo.

Formation et transmission

Les ateliers de sensibilisation «enjeu d’architecture» permettent également de sensibiliser et de former nos étudiants à la médiation.
L’association Imhotep, à but d’actions solidaires, a animé, dans le cadre des TAP (Temps d’Ateliers Péri-éducatif) des séances de sensibilisation à l’architecture auprès des scolaires de la ville de Saint-Étienne. Les ateliers sont ainsi le lieu de l’expérimentation et de l’apprentissage pour le public scolaire et nos étudiants. La sensibilisation du jeune public est aussi le moyen de former des d’étudiants à la pratique de la transmission en architecture.
Depuis 2018, l’ENSASE est partenaire de Ville d’art et d’histoire de la Ville de Saint-Étienne. Les ateliers destinés au jeune public sont proposés par Noémie Dutel, architecte et diplômée, et se tiennent au sein de l’école d’architecture.
Fédérer les acteurs de la transmission autour des questions de l’architecture passe également par la formation des professionnels.
Le Pôle de Ressources pour l’Éducation artistique et culturelle « Architecture, arts de l’espace et société(s) » est un dispositif partenarial créé par les volontés croisées de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, des rectorats des académies de Clermont-Ferrand, Grenoble et Lyon, de CANOPE et de structures architecturales et culturelles de la Région (Maison de l’architecture, Union Régionale des CAUE, ENSA de la région Auvergne-Rhône-Alpes). Il répond à la circulaire n°2007-090 du 12.4.2007 qui en définit les actions et les objectifs.
Les PRÉAC ont pour vocation de fournir des ressources et des outils pour le développement de l’éducation artistique et culturelle, dans toutes ses dimensions et sur tous les domaines concernés. Ils accompagnent ce développement selon deux axes principaux :
-la structuration, l’édition et la diffusion des ressources pédagogiques, documentaires ou didactiques;
-l’organisation d’actions de formation répondant aux besoins exprimés par les différents partenaires.
En 2019, l’ENSASE a accueilli cinquante-deux classes, soit mille cent cinquante et un élèves sensibilisés à l’architecture répartis en écoles primaires, collèges et lycées. L’association Imhotep, à but d’actions solidaires, a animé, dans le cadre des TAP (Temps d’Ateliers Péri-éducatif) des séances de sensibilisation à l’architecture auprès des scolaires (écoles primaires) de la ville de Saint-Étienne.
L’objectif de ce PRÉAC est de transmettre est d’apporter une médiation de l’architecture et des domaines qui l’entourent à un public spécifique (médiateurs culturels, enseignants du 2nd degré, professionnels du cadre de vie). Ainsi les connaissances développées serviront de levier aux questionnements de notre société contemporaine et nourriront les réflexions autour de l’approche territoriale, de l’urbanisme, du patrimoine, de l’approche sensible des lieux mais également des outils et méthodes de l’architecte.
En 2018, le séminaire national s’est tenu à Saint-Étienne autour de cette thématique « En quoi le patrimoine et le design permettent de (re)penser le renouvellement urbain : l’exemple de Saint-Étienne » a permis de former trente participants (enseignants, médiateurs et architectes) sur deux jours et demi.
Le PRÉAC questionne – à travers des exemples du territoire stéphanois – la politique de la ville et la question du renouvellement urbain dans un contexte post-industriel. Saint-Étienne, ville héritière d’une activité industrielle marquée, subit depuis les années 1970 une décroissance (à la fois économique et démographique).
La ville, habitée par les témoins de sa riche histoire et de son passé, tente – par différentes stratégies – de renouer avec la croissance et construit son avenir sur le récit d’un passé glorieux.
Les travaux opérés à Saint-Étienne ont pour but de façonner une image nouvelle de la ville et d’offrir un renouvellement en phase avec cette image, en convoquant patrimoine industriel et design, comme leviers d’une reconversion d’espaces en friches.
De par son rôle d’acteur majeur de l’architecture dans la Loire, l’ENSASE a su fédérer autour d’elle nombre de structures et d’institutions culturelles et de l’enseignement, créant ainsi une dynamique favorable à la transmission et au rayonnement de l’architecture, sous toutes ses formes, auprès d’un public spécifique.

  1. « Archibahut a été une expérience très enrichissante. Avoir une architecte avec nous, qui nous aide pour le projet était une bonne idée. On a eu un avant-goût de ce que pouvait être le travail d’architecte. Le travail en équipe nous a soudés. Le fait de voir notre production évoluer au fil des séances, pour finir par la satisfaction de la voir aboutir, était magique. Les recherches qu’on a pu faire pour créer le projet l’ont rendu encore plus intéressant. Nous avons aujourd’hui une salle dans le collège qui nous rappelle ce projet ARCHICLASS. » Ibrahim Kissou, élève de 3e au collège Les Bruneaux de Firminy.
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