Doué-la-Souterraine : vers une gestion durable d’un patrimoine à risque.

Une cave à Doué-la-Souteraine. Carte postale, vue ancienne. © D.R.
Une cave à Doué-la-Souteraine. Carte postale, vue ancienne. © D.R.

Située à 20 km au Sud de Saumur, l’ancienne commune de Doué-la-Fontaine se dessine sur les vestiges d’habitats troglodytiques. Ce troglodytisme particulier dit « de plaine » est assez rare, même à l’échelle mondiale. Il se caractérise par un accès vertical, et non horizontal comme ceux existant généralement dans les coteaux. Par ailleurs, il se positionne sur une exception géologique : le falun, pierre que l’on retrouve presque exclusivement à Doué-la-Fontaine.

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Évolution des habitats. © J. G.

Cette roche est très résistante à l’épreuve du temps ce qui expliquerait que son extraction ait servit à la fabrication de sarcophages dès l’époque mérovingienne ; sarcophages que l’on retrouve jusqu’en Belgique et en Angleterre. La carrière de la Seigneurie est la seule cavité de la commune reconnue en tant que monument historique et le plus ancien témoignage relevé localement.
Au delà de l’extraction de pierre, ces lieux attestent d’une vie souterraine, parallèle, dont nous n’avons que peu de témoignages concrets, et dont l’origine reste floue. Les habitats troglodytiques ont-ils été façonnés directement dans la roche, ou bien témoignent-ils d’une appropriation opportuniste de cavités déjà présentes, qu’elles soient naturelles ou issues de l’extraction ? Aucun marqueur scientifique ne précise aujourd’hui l’origine des « trous ». Nous pouvons toutefois relever des utilisations passées avérées, soit lisibles directement sur site, soit décrites dans des ouvrages réalisés au fil des siècles.
La présence de ces cavités reste un élément prégnant de l’identité de la commune, mais pour qui l’ignore, ce patrimoine ne se laisse que peu deviner. La structure urbaine de la ville, pour le passant non averti laisse apparaître une ville de surface ordinaire, dont le principal élément remarquable reste les hauts murs de falun qui délimitent les îlots et constituent les clôtures des propriétés. Cependant, derrière ce dédale de hauts murs, s’agglutinent tout un réseau souterrain de galeries, d’habitats troglodytiques et de jardins associés. En effet, l’extraction de la pierre des sous-sols à Doué-la-Fontaine servait d’abord à délimiter des propriétés agricoles, constituées d’espaces cultivables et sous lesquels se dégageaient une habitation souterraine et ses annexes.

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Murs de falun. © J.G.

Peu à peu, au cours du XIXe siècle, ces habitats troglodytiques ont toutefois été délaissés. Souvent habités par une population pauvre ou paysanne, ces ensembles n’ont pas séduit les nouveaux occupants, qui ont préféré construire en surface. Aussi, un nombre important de ces cavités souterraines, à défaut de se voir habitées, ont été remblayées ou laissées en friches.
Les souterrains, laissés à l’abandon, menacent aujourd’hui de s’écrouler et d’emporter avec eux tout ce qui est construit au-dessus. Les fontis sont un problème de première importance et, en l’absence de surveillance et d’entretien, ils s’aggravent et finissent par causer des effondrements en surface. Le risque lié à la sécurité des personnes est bien réel mais, d’autre part, les responsabilités de la commune et de l’État sont engagées et de lourds travaux de réparation doivent être entrepris.

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cavitée abandonnée rue d’Anjou. © J.G.

À ce sujet s’ajoute l’imprécision des limites de propriété entre foncier et tréfoncier. Le Code Civil établit une présomption de propriété en faveur du propriétaire du dessus, mais dans les faits celui qui possède l’entrée en a un usage exclusif. Il en résulte des problématiques de responsabilité souvent insolubles par exemple dans les cas d’effondrement : est-ce le propriétaire ou l’usager qui est responsable d’un défaut d’entretien ?
Dans un tel contexte, le développement urbain de la ville est contraint. La ville s’agrandit là où les sols restent stables, là où les surcoûts de construction sont limités.
Les cavités souterraines de l’ancienne commune de Doué-la-Fontaine et, à plus grande échelle, celles du Val de Loire, dépassent ainsi la simple question patrimoniale et engagent la responsabilité des élus et de l’État. Il y a une forme d’urgence à réglementer ce patrimoine à risque dans toutes ses composantes : environnementale, économique, sociale, d’aménagement du territoire et de gestion des risques. A défaut, il convient au moins d’organiser une gestion partagée de ce sous-sol, dictée par l’ensemble des acteurs publics et privés .
Le défit est donc lancé : pouvoir proposer un projet de territoire partagé, une thématique « troglo » à l’échelle de l’établissement public de coopération intercommunale, des services de l’État et du Parc naturel régional, incluant les aspects contraignants tout comme le très grand intérêt patrimonial de ces cavités.

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