Si le château de Versailles, haut lieu de l’histoire politique française, conserve toujours une aura aussi forte, c’est que la qualité de son environnement a été préservée, grâce notamment à un périmètre des abords exceptionnellement agrandi, passé en 1964 d’un rayon de cinq cents mètres à cinq kilomètres pour recouvrir une surface de cent kilomètres carrés, puis transformé en 2016 en périmètre délimité des abords sans modification du zonage. Un dispositif à l’origine d’un nombre croissant de demandes d’accords auprès de l’architecte des bâtiments de France, conséquence de la pression foncière au sein de la grande couronne parisienne, dont la pertinence pour répondre aux enjeux du territoire est questionnée depuis de nombreuses années.
Plusieurs travaux d’AUE sont déjà consacrés à la relation entre ce périmètre et la forte pression foncière locale. Les propositions de modification du périmètre n’ont jamais abouti du fait de sa trop grande complexité, juridique autant qu’administrative. Par ailleurs, son intégration dans la zone tampon Unesco en 2007 a sanctuarisé en quelque sorte le périmètre et confirmé l’intérêt d’une large couverture.
Ce travail interroge les évolutions possibles du périmètre délimité des abords du domaine de Versailles et Trianon afin qu’il puisse devenir l’outil d’accompagnement de l’évolution du territoire.
L’étude se déroule en trois cadrages. Un premier regarde la pertinence d’une zone large autour du domaine de Versailles et Trianon, avec une analyse des différentes protections existantes sur le même périmètre et la pertinence de l’outil Périmètre délimité des abords (PDA) dans la gestion du territoire.
Un second se penche sur l’organisation du territoire à l’intérieur du périmètre et sur la manière dont celui-ci se transforme, en examinant notamment la relation entre l’architecte des bâtiments de France et la collectivité territoriale à travers les exemples de trois opérations à forts enjeux. Enfin, le troisième, étudie les possibilités d’évolution du PDA en s’appuyant sur les outils disponible, grâce à la protection Unesco notamment.
L’article ci-dessous reprend les grandes lignes du travail de projet de fin d’études. Le travail complet est disponible en ligne.
De l’aire d’influence patrimoniale du monument aux politiques d’aménagement du territoire
Le territoire d’emprise du château de Versailles dépasse largement le cadre du palais et de son parc. La reconnaissance progressive des abords du domaine comme constitutifs de la qualité du monument est passée par plusieurs dispositifs de protection du patrimoine qui aujourd’hui se superposent : abords de MH, abords élargis, PSMV, biens Unesco, sites classés et inscrits multiples, zone tampon, PDA et enfin domaine national.
De toutes ces protections, celle qui nous intéresse est le PDA qui s’applique à l’ensemble de la zone de cent kilomètres carrés. Ce zonage est issu d’une loi spécifique des années 1960 qui a permis un élargissement du rayon de cinq kilomètres pour s’adapter à l’échelle du monument. Ce zonage initial est pensé dans une logique de covisibilité du monument avec ses abords. La loi LCAP a transformé ce zonage en PDA, outil qui permet de faire disparaître la notion de covisibilité. Ainsi, tout ce qui est compris dans le périmètre dit du “trou de serrure” est à considérer comme faisant parti des abords du monument.
Cette transformation en 2016 s’est faite sans réflexion sur le zonage, au point qu’on peut s’interroger sur la pertinence de son application à des projets à petite échelle qui relevaient auparavant du champ d’application de l’avis simple (sans covisibilité). Il ne s’agit pas de remettre en cause l’aire d’influence du palais de Versailles telle que définie actuellement, qui paraît en cohérence avec le périmètre proposé à quelques ajustements près ; le questionnement porte plutôt sur la distinction des projets en fonction de l’importance de leurs enjeux. En quelque sorte, le sujet porte sur le comment moduler l’outil PDA sur un territoire aussi vaste, alors qu’il s’agit initialement d’un outil créé pour resserrer les abords autour de l’essentiel.
Accompagner l’urbanisation du territoire
Le PDA du domaine de Versailles et Trianon porte sur une vaste étendue à cheval sur plusieurs unités paysagères. Bien qu’il soit en place depuis soixante-dix ans, le territoire qu’il recouvre est assez hétérogène dans la gestion et l’appréhension du patrimoine. Ce territoire fait pourtant face à des enjeux similaires et des problématiques communes. Dans ce contexte, l’analyse des modes d’urbanisation du territoire et l’étude de certaines opérations d’aménagement spécifiques offrent un angle de vue intéressant pour comprendre comment l’ABF accompagne la mutation du territoire.
Le PDA de Versailles s’appuie sur une aire d’influence théorique du monument ; son existence se limite à un zonage administratif, sans que le territoire couvert présente une unité. Les divisions internes et les différentes politiques de gestion mises en œuvre sur ce territoire, tant par les collectivités territoriales que par l’administration de l’État, entraînent une absence de cohérence. Dans le même temps, la densification est tirée par la forte demande de logements en Île-de-France mais également par l’important déficit de logements sociaux dans cette partie des Yvelines. Ce contexte rend essentiel l’accompagnement de la mutation de ce territoire pour qu’il évolue dans la bonne direction tout en conservant ses qualités. Cet accompagnement constitue l’un des défis majeurs de l’UDAP qui doit évaluer toutes les opérations concernées en fonction de leur impact sur les abords du monument.
Les grandes opérations de densification sont un révélateur puissant de la qualité du dialogue entre les acteurs publics. Les trois opérations étudiées permettent de démontrer que plus le dialogue est riche entre la collectivité locale et l’UDAP, plus les projets qui en émergent sont de qualité. Mais l’étude de ces opérations démontre également que la réflexion ne se fait pas à l’échelle du territoire, mais uniquement à celle de la commune. On s’interroge ainsi sur la manière de mettre en œuvre un projet de territoire à l’échelle du PDA.
S’inscrire dans l’élaboration du plan de gestion Unesco
Le lancement prochain des études pour le plan de gestion du palais de Versailles et de sa zone tampon amène à se questionner sur l’optimisation du périmètre délimité des abords du château de Versailles. Nous avons constaté qu’une emprise aussi importante se justifie vu l’influence du monument et, qu’au regard des enjeux d’évolution et de préservation du territoire, l’outil PDA ne facilite pas la priorisation des dossiers – tâche de surcroît complexifiée par le découpage arbitraire jamais revu.
Afin de recentrer le PDA sur son objet – le domaine de Versailles – il est proposé de saisir l’opportunité de la création d’un plan de gestion pour fédérer le territoire autour d’un projet commun. Cette piste paraît préférable à la modification du PDA qui nécessite la mise en place d’un processus complexe dont les bénéfices à tirer sont jugés faibles.
L’idée est donc de déléguer aux collectivités territoriales l’instruction des projets à l’échelle de la déclaration préalable dans des secteurs pré-identifiés en établissant un conventionnement. Cette démarche doit s’appuyer sur des cahiers techniques élaborés dans le cadre du plan de gestion et à destination de plusieurs publics (particuliers, collectivités territoriales, bureaux d’études urbaines…) afin de rendre les objectifs patrimoniaux du territoire plus lisibles et de les mettre en rapport avec les enjeux de chaque partie prenante.
