Dans un contexte de réchauffement climatique, comment aborder du point de vue patrimonial la végétalisation et la nature en ville à Paris ?

Proposition pour la place arrière de l'Opéra. © Ville de Paris/Apur/Luxigon Ville de Paris/Apur/Luxigon.
Proposition pour la place arrière de l’Opéra. © Ville de Paris/Apur/Luxigon Ville de Paris/Apur/Luxigon.

Dans le cadre de son Plan climat, la Ville de Paris a lancé sa première stratégie de résilience urbaine pour s’adapter aux changements climatiques et protéger les Parisiens des impacts du réchauffement et des îlots de chaleur urbains. Dans le cadre de son Plan biodiversité, la même a engagé une politique pour renforcer le maillage des trames vertes et bleues selon un plan d’actions destiné à introduire de la nature en ville. La mise en œuvre de ces deux orientations politiques engendre une stratégie d’adaptation du bâti en faveur de la végétalisation des bâtiments et de sites patrimoniaux qui entre en conflit avec un bâti et un paysage protégés. Comment l’État et la collectivité peuvent-ils travailler ensemble au service d’une vision d’avenir partagée ?

PDF présenté en juillet 2019
AUE élève option Patrimoine ; promotion 25 Hassan Fathy - 2018-2019
Sous la direction de Jean-Marc Zuretti, chef du SMAP (Service métropolitain de l’architecture et du patrimoine)
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Constat : identification du conflit potentiel entre tradition patrimoniale et nécessité environnementale

En 2015, la Mairie de Paris avait lancé un appel à projets pour promouvoir les végétalisations innovantes. Bien plus qu’une mode, le “vert” à Paris est aujourd’hui une volonté forte des élus comme des habitants de réinventer la ville en y introduisant la nature.

Alors que depuis près de dix ans, les rooftops du monde entier sont le lieu d’un véritable renouveau, Paris affichait son ambition avec l’objectif de végétaliser cent hectares. Vingt-deux projets étaient alors retenus pour cette première expérimentation… La volonté de transition était manifestée.

Très vite à mon arrivée à l’UDAP de Paris, j’avais effectivement compris que la question du végétal et du paysage parisien étaient devenus trois ans après un vrai sujet dans la capitale et en métropole. En réponse au PLU et au PADD, les dossiers de petits ou grands, bons ou mauvais projets de végétalisation abondent à l’UDAP, sur du neuf comme sur de l’existant.

Bien sûr, j’ai conscience des enjeux environnementaux qui se jouent aujourd’hui et de la question de notre rapport aux ressources et à notre cadre de vie qui sont devenus un sujet de préoccupation des citoyens et des politiques. Cette prise de conscience devenue collective amène des citoyens engagés à s’emparer de cette thématique par le biais de nombreuses associations de défense de l’environnement dont la dynamique à la conscience vertueuse est amplifiée par les réseaux sociaux. Dans ce contexte, les institutions organisent des appels à projet ou manifestations d’intérêt. En témoignent les deux projets manifestes issus des Réinventons Paris qui, en 2017, retiennent Jacques Ferrier et Sou Fujimoto sur le site de la porte Maillot.

Proposition pour les quais de Seine, rive droite. © Ville de Paris/Apur/Luxigon Ville de Paris/Apur/Luxigon.

Définition des enjeux environnementaux et du risque patrimonial

À la réception de mes premiers pétitionnaires avec les ABF de Paris, puis à l’observation des pré-jurys de réinventer Paris 2 auxquels j’avais pu assister dès mes premières semaines de stage, il m’a été confirmé, que l’enjeu du végétal est énorme dans la capitale, tant le paysage de Paris est dense et protégé.

Mes treize années d’architecte urbaniste dans le privé à l’agence Nicolas Michelin & associés (ANMA) m’ont parfaitement éveillé à cette cause environnementale, l’agence ayant fait partie des précurseurs pour construire de façon plus vertueuse, plus hybride, plus complète et plus douce à la fois, dans son environnement. L’attention portée au mieux construire et au bon verdissement des panneaux de concours m’était d’ailleurs complètement naturelle et m’a toujours semblé indiscutable. Mais c’était sans compter sur la spécificité de cette agence d’architecture parisienne qui construit presque exclusivement en province. Quelle aurait été notre approche dans un périmètre protégé parisien ?

Aujourd’hui, alors que le mouvement qui est en train de plaider pour un retour citoyen de la nature et de l’agriculture à Paris, cadré par des rapports, publications ou expositions, je m’interroge sur le possible impact de ce mouvement sur le paysage parisien protégé à 95%.

Résident parisien depuis 15 ans, je comprends parfaitement “la crise du vert” qui peut toucher certains, et le manque de contact et d’échanges que représentent les jardins et vergers pour une population que l’urbanisme des années 1960 à 2000 a isolé de ses campagnes avoisinantes en rompant son rapport à la nature.

La reconquête des territoires de campagne devenus banlieue est difficile et complexe. Aujourd’hui, la notion de paysage de la ville de la métropole du grand Paris semble décousue, il n’y a plus de vrai projet paysager global pour la ville de Paris et pas de projet paysager pour la Métropole du Grand Paris. Est-ce uniquement parce que la disponibilité en espace est contrainte ?

Les interventions comme les retraitements des places parisiennes sont des interventions trop ponctuelles et ne peuvent satisfaire notre manque de nature. De plus, au niveau environnemental, le “saupoudrage” des interventions ne semble pas permettre d’atteindre les objectifs définis par le Schéma régional de cohérence écologique (SRCE) du biotope en île de France.

Les toitures terrasses végétalisées, des jardins et potagers dispersées dans Paris comme des pas japonais auront-ils l’effet de seuil escompté pour permettre les bons corridors biologiques demandés ?

Car les implantations qui restent possibles semblent beaucoup trop fragmentées à ce jour. Comment devons-nous travailler ensemble pour un projet commun qui réponde aux enjeux multiples de plusieurs problématiques importantes pour notre société :

  • lutter contre le réchauffement des villes et les îlots de chaleur, rafraichir l’air
  • lutter contre la pollution et la saturation de l’air
  • répondre au besoin de nature et d’espace des citoyens
  • lutter pour la biodiversité en milieu urbain dense
  • satisfaire à un nouveau modèle agricole en milieu urbain avec des circuits plus courts
 Proposition pour la place de l’Hôtel de Ville. © Ville de Paris/Apur/Luxigon Ville de Paris/Apur/Luxigon.

Face à cet enjeu de “plus de nature dans la ville”, l’APUR (Atelier parisien d’urbanisme) et l’IAU (Institut Paris Région) ont mené depuis plusieurs années de nombreux diagnostics de grande qualité sur les possibilités de verdissement de Paris. Le PLU de Paris modifié dans sa version de 2016 a ajouté au PADD (Projet d’aménagement et de développement durables) un guide d’application des dispositions environnementales, conscient que la pertinence des projets de végétalisation doit être double, au plan végétal et au plan environnemental.

De son côté, la Direction des espaces verts, de la nature et de la biodiversité de la Ville de Paris a également mis en place depuis 2015 le permis de végétaliser, qui autorise chacun, sur présentation de son projet, de jardiner dans Paris car, pour reprendre les propos de l’élue Pénélope Komitès : « jardiner dans les rues de Paris, c’est permis ! ». À cela, il faut ajouter les budgets participatifs qui, à Paris, s’orientent fortement pour plus d’espaces verts dans les espaces publics et le suivi des associations de quartiers qui développent des jardins partagés communautaires de plus en plus nombreux.

Aussi, dans ce contexte de « Réinvention de Paris », la prise de conscience et les propositions semblant devenir de plus en plus fréquentes, il semble nécessaire de s’interroger sur cette question de la place de la nature dans le paysage patrimonial protégé de Paris.

Aujourd’hui, après avoir végétalisé cent quarante-cinq hectares de toitures, pignons et façades sur cours, il reste potentiellement, de source APUR, trois cent quarante-cinq hectares de toitures plates qui pourraient être végétalisées sur le long terme, puis toutes les façades sur rue qui représentent un support de l’ordre de 60% du bâti. La Ville de Paris est en train de réfléchir à des nouveaux outils réglementaires pour favoriser l’introduction de la nature en ville en s’appuyant sur l’intérêt suscité par la vertueuse agriculture urbaine, à laquelle le Pavillon de l’Arsenal a dédié une magnifique exposition en Novembre 2018. La modification du paysage parisien que pourrait entraîner une substantive modification des règles et des outils d’urbanisme sera nécessairement à confronter à la protection patrimoniale du paysage de Paris par les services de la DRAC Île-de-France.

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