Édito

Paris, depuis les tours de Notre-Dame - 2018. © Grichka Martinetti
Paris, depuis les tours de Notre-Dame - 2018. © Grichka Martinetti

Au printemps prochain, d’A, revue de référence du domaine de la production architecturale, produira, comme chaque année, un classement des plus grandes agences de France1 . Sans surprise, le classement sera dominé par les poids lourds du secteur : Renzo Piano, Patriarche, Wilmotte ou Valode, loin derrière toutefois la colossale agence de la SNCF, AREP. Classées selon leur chiffre d’affaires, ces agences sont également à la pointe de la réflexion sur les enjeux constructifs, et font preuve d’une production théorique intense.

Précisément sur ce sujet de la réflexion théorique, je me suis pris à rêver que figurait en bonne place une sorte d’”agence” nationale que La Pierre d’Angle connaît bien.

Un peu comme le PIB ne représente pas un pays, les classements aux seules entrées financières laissent à la marge les champs de la culture, de l’histoire, de la transmission. Peu de chance donc que cette agence soit citée : son chiffre d’affaires tangente le zéro absolu, et même le nul et non avenu. Pourtant, elle regroupe plus de cent vingt architectes, et compte plus de sept cents agents. Elle témoigne d’une implantation territoriale inégalée, d’une histoire plus que centenaire. Elle produit chaque année des milliers d’actes porteurs d’une vision précise sur l’avenir de l’architecture. Et en cet automne, d’A nous en parle avec intérêt2  !

Cette agence, c’est les Bâtiments de France.

Alors pour mettre en lumière cette agence invisible, soumise à des mutations discrètes mais profondes, et noyée dans les méandres de l’administration, La Pierre d’Angle vous propose un cycle thématique au cœur de son fonctionnement.

Commençons avec ce numéro par le début d’une aventure : un dossier thématique dédié à la formation des architectes fonctionnaires. Nouvellement recrutés dans le corps des architectes urbanistes de l’État (AUE), qu’ils soient d’orientation patrimoine ou urbanisme, ils défendent une vision moderne, et peut-être même d’avant-garde, de l’aménagement du territoire et de la qualité du cadre de vie. Très loin de la vision poussiéreuse que d’aucuns peuvent avoir des ABF, les projets de fin d’études (PFE) que nous vous présentons ici en témoignent, selon des angles de vue les plus divers.

Prêt pour le grand saut dans le nouvel urbanisme français ?

Le directeur de l’École de Chaillot, Jean-Marc Zuretti, nous fait l’honneur de préfacer ce dossier avec une réflexion sur l’accès à la haute fonction publique par le travail spécifique du projet de fin d’études, après une année intense de formation post concours des lauréats ;

Jean-François Leclerc nous parle de la dévitalisation de Joigny, et de l’espoir suscité par le programme « Petites Villes de demain » pour sauver son patrimoine en péril ;

À Écully près de Lyon, Philippine Repiquet questionne le projet de valorisation de l’École centrale, production de l’architecte Jacques Perrin- Fayolle, suite à sa labellisation ACR en tant que témoignage exemplaire de l’architecture universitaire des Trente Glorieuses ;

Au domaine national de Meudon, Blanca Elena Benavides remet l’aménagement d’une friche à venir dans la « Grande Perspective » de Le Nôtre, qui préside à l’urbanisation d’une aire d’essai dont l’abandon est programmé, mais qui restera dominée par un monument atypique : la grande soufflerie ;

Au cœur de la capitale, Jean-François Vaudeville nous éveille à la problématique de la végétalisation en milieu urbain dense et déconnecté des territoires ruraux proches ;

Coline Boyer poursuit cette réflexion sur le défi climatique à Bordeaux, donnant des pistes pour désîloter les réflexions et faire émerger les conditions d’une transition concertée ;

Henri Bourjot sensibilise aux enjeux et aux difficultés de l’application du Zéro Artificialisation Nette en Seine-et-Marne, outil essentiel de la protection, tant des grands paysages visuels que des sols vivants souterrains, si proches et pourtant invisibles ;

Dans la grande couronne parisienne, Maéva Liaut pose son regard sur le patrimoine industriel de Corbeil-Essone, la reconversion des grands moulins impliquant une réflexion d’échelle urbaine pour en trouver l’équilibre ;

Dans une autre banlieue, à Versailles, Paul Pérot questionne la densification, qui met à l’épreuve les outils de protection du centre ancien pour trouver sa juste mesure ;

Sarah Zouheir ouvre la voie du concours d’idée au cours du site patrimonial à Concarneau, pour rechercher l’innovation urbaine au cœur d’un cadre contraint ;

À Saint-Ouen, Pauline Labarbe suggère de considérer le patrimoine de la commune en dehors des espaces protégés pour mieux l’intégrer aux transformations à venir ;

Et, pour finir, Bénédicte Caspar nous propose une courte réflexion sur l’intérêt du style régionaliste alsacien et ses perspectives de protection.

Ce dossier témoigne de la variété des approches pour définir les bâtiments patrimoniaux de la France contemporaine, au plus près de leur réalité. Du grand paysage à l’objet d’architecture, de la ville à la ruralité en passant par les banlieues, les architectes et urbanistes de l’État défendent une vision commune, inscrite dans les codes du patrimoine, de l’urbanisme et de l’environnement : que l’on se trouve au fin fond d’une zone d’activité périurbaine, au cœur d’un parc national, au chevet de l’église d’un village dépeuplé ou au pied de l’opéra Garnier, aucun territoire ne reste dans l’angle mort d’un intérêt public de la qualité architecturale et paysagère.


Photo de couverture : Séance de travail à Pont-Saint-Esprit avec les AUE de la promotion 24 / 2017-2018. © Antoine Monpert, École de Chaillot.

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