Mireille Guignard, Bruno Marmiroli et l’Atelier de l’Ours
Éditions Actes Sud
www.actes-sud.fr
ISBN 978-2-330-09750-9
24 € - 128 pages

  • juin 2018
Bibliographie

Jardin et Eau

Mireille Guignard, Bruno Marmiroli et l’Atelier de l’Ours
Éditions Actes Sud

Garden mania1

En 2000, Jean-Paul Pigeat, alors directeur du Festival des jardins de Chaumont-sur-Loire, publiait un ouvrage audacieux et riche en exemples intitulé « les jardins du futur ». Il y avait déjà huit ans que le festival des jardins était lancé, sa notoriété n’était plus à faire. Le public était nombreux, témoignant de son intérêt pour le sujet. Les thèmes traités dans l’ouvrage étaient liés aux tendances et aux nouveautés en matières de jardin et de jardinage. Des matériaux de sol à la palette végétale, les principaux paysagistes et jardiniers livraient leurs secrets et, comme le proclamait alors l’équipe du festival, il était recommandé de venir « piquer les idées » dans les parcelles aux formes de feuilles de tulipier pour les transposer ensuite dans les jardins privés.
Près de vingt ans plus tard, s’il fallait de nouveau plancher sur le sommaire des jardins du futur, le choix des thèmes serait très certainement différent. Les plantes ne seraient plus classées par couleurs mais plutôt par vertus, et la question de la préservation des ressources figurerait en bonne place, jouxtant probablement le chapitre consacré à la protection des variétés anciennes ou aux vertus du compost. Il s’agit d’une hypothèse à mettre en relation avec l’engouement jamais démenti pour les jardins et l’émergence d’une prise de conscience écologique, à une échelle de diffusion planétaire. Les jardiniers qui dessinent ou plantent des jardins « publics » savent à quel point ils servent de référence aux jardins privés et combien est poreuse – ou à claire-voie - la clôture entre les deux. Les plantes, comme les idées, s’affranchissent des assignations à résidence. Chaque parcelle de Chaumont a probablement permis de faire éclore de nouveaux jardins. En vingt ans, les jardins, comme les idées, ont changé. Ils ont délaissé leur enveloppe colorée qui les avait fait renaître dans les espaces publics. Ils se parent aujourd’hui d’autres qualités, délivrant un message porté par le jardinier-bricoleur , qui a également fait évoluer sa connaissance des plantes et des milieux.
Le gardien des lieux s’interroge sur l’outil, le geste, l’origine de la graine, la nature du sol, les qualités du paillage et le nombre de lombrics. Il fait macérer des orties, de la prêle, de la consoude et peut, dans un lopin de terre, organiser un cycle complet, transformant le jardin en microcosme à l’équilibre quasi climacique, renouvelant la tradition du jardin comme lieu singulier. L’histoire nous rapporte les joies des découvertes botaniques, techniques, esthétiques nées au jardin.
Le labeur y est peu mentionné : le jardinier qui figure dans les manuels déambule, herborise ou versifie mais ne bêche pas. Une histoire des jardiniers resterait à écrire, pour rendre hommage à celles et ceux qui ont permis de faire fructifier les savoirs et les plantes, assurant leur conservation et leur transmission. En œuvrant au quotidien, le jardinier transforme l’espace en lieu de trouvailles permanentes. Aux innovations techniques nécessaires à sa création, sa gestion et son développement se sont combinées les aptitudes intrinsèques du lieu à faciliter la créativité, à stimuler l’imagination. Sans oublier l’invitation à l’oisiveté. Là réside un autre mystère du jardin : il sait rompre avec les codes de la production qui consistent à penser qu’une activité est systématiquement laborieuse. Il offre une autre façon d’être au monde en permettant au « milieu » d’accompagner la plante jusqu’à maturité. Il faut savoir attendre, être patient.
Le jardinier bricole les matériaux, les végétaux, tout ce qui lui tombe sous la main. Il ne peut s’empêcher de déployer son inventivité, qu’il soit modeste amateur garant d’un lopin de quelques dizaines de mètres carrés ou bien en charge d’une parcelle plus vaste. Cette spécificité qui était réservée, au moins dans les textes, aux classes sociales aisées jusqu’au XIXe siècle, a contaminé l’ensemble du corps social et continue de se répandre, devenant même, et c’est une excellente nouvelle, une activité modifiant l’avenir du monde urbanisé. Il poursuit inlassablement son ouvrage, inscrit dans le cycle du temps, au mépris de la technologie, la détournant même et délaissant son écran pour revenir au lien fondamental qui l’unit à l’univers tout entier, lui conférant une place de choix dans la cosmologie des origines. Le geste se transmet, l’outil également, la plante pousse, ses racines bien installées dans la terre, correctement arrosée, autant d’évidences qu’il faut rappeler.

Le jardin contemporain anticipe l’avenir et annonce un nouveau rapport plus équitable au monde, en s’inscrivant dans un cycle qui part de l’économie de la ressource en eau, en matière, en outils, en gestes, pour aboutir à l’autosuffisance.

Les trouvailles, bricoles, assemblages ou dispositifs savants, simples, modestes, logiques ou évidents qui sont présentés dans l’ouvrage « Jardin et eau » rendent compte du travail quotidien de jardiniers curieux qui ont accepté de livrer leurs recettes pour capter, stocker, filtrer et enfin économiser l’eau dans les jardins. Il ne faut pas hésiter à piquer ces idées, elles ont été glanées au fil des voyages et des rencontres, à la source du don de l’eau.

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Le dispositif du bélier horizontal. © L’Atelier de l’Ours.

Bruno Marmiroli, architecte et paysagiste, directeur du CAUE 41
Co-coordinateur scientifique de l’ouvrage et directeur de collection aux éditions Actes Sud

  1. Titre de l’ouvrage de Philip De Bay et James Bolton publié aux éditions Actes Sud en 2001.
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