Construite au pied d’une falaise en bordure de Seine au nord-ouest des Yvelines et désaffectée dès 1910, l’église de Jeufosse est devenue une propriété privée au début du XXe siècle. Au fil du temps, elle a été adaptée aux usages de ses propriétaires qui veillent à sa bonne conservation.
Si l’on peut être tenté de considérer le sujet de la perte de fidèles dans les chapelles rurales comme un phénomène qui s’est amplifié à la fin du XXe siècle, la commune de Notre-Dame-de-la-Mer dans les Yvelines fournit un exemple ancien de passage du sacré au profane, tout en demeurant un élément repère dans le paysage urbain de la commune.
L’église St Germain de Paris à Jeufosse peut en effet se targuer d’être un exemple de désaffectation et désacralisation de lieu de culte en France dès le début du XXe siècle. Bordant la départementale 915 menant dans l’Eure, elle est devenue une propriété privée, sans trop d’atermoiements, le culte étant assuré dans une autre chapelle en centre-ville, construite au XIXe siècle. L’église de Jeufosse fait partie d’un patrimoine de bord de Seine à mettre en lien avec une typologie d’édifices religieux construits en bordure de chemin de halage.
Pourvue d’un chœur polygonal sans doute édifié au XIIIe siècle, prolongé d’une nef réalisée au XIVe ou au XVe siècle et surmontée d’une flèche octogonale, l’église pourrait souffrir d’un désintérêt du public et d’un enclavement paysager. On présentera ici pourtant des aspects positifs au changement d’affectation de l’édifice de culte médiéval au profit de sa sauvegarde.

Contexte d’acquisition et de protection
Dès 1910, une demande de protection est initiée par Antonin-Paul Selmesheim, inspecteur général des Monuments historiques, qui dans ses échanges fait état de la menace de cession pesant sur l’édifice. Privée d’entretien et d’office, la chapelle doit être cédée à un acquéreur industriel dont les intentions ne sont pas parfaitement connues. Ce premier propriétaire, M. Raty, dissipera cependant toute inquiétude en finançant des travaux conséquents après l’effondrement du clocher sur la nef et la voirie en 1913. La démarche de protection semble avoir été relancée et aboutit en 1926 par l’inscription de l’église au titre des Monuments Historiques. La chapelle est revendue en décembre 1925 à la famille qui occupe encore actuellement les lieux.
Des remaniements sous encadrement ACMH et visa ABF
Le cimetière est désaffecté afin de devenir un jardin et l’édifice est sommairement occupé par la famille dans la nef, au moyen de frustes cloisons et sans commodités, jusqu’à ce qu’une première campagne de travaux organise la migration des parties habitables en 1972. Plus en accord avec des conditions d’habitabilité décentes et en cohérence avec les lieux, la nef devient un dépôt pour l’activité du propriétaire, antiquaire, et le garage adossé est investi pour devenir logement, venant accueillir une cuisine au rez-de-chaussée et deux chambres ainsi qu’une salle de bain à l’étage. L’ensemble de ces travaux est réalisé sous supervision de l’architecte des bâtiments de France des Yvelines de l’époque.
Une seconde campagne de travaux, plus ambitieuse, est réalisée en 1995/1996, avec un projet porté par Jean-Claude Rochette, architecte en chef des Monuments historiques, et à nouveau suivi par l’UDAP des Yvelines. Celui-ci prévoit de créer un nouveau volume en lieu et place de la cour entre le garage et la sacristie jouxtant l’édifice et de raccorder ces espaces habitables par une coursive venant se loger dans la nef du monument historique et créant une mezzanine intérieure de distribution provoquant des percements dans l’ancienne façade sud.
Le volume de la nef s’en trouve ainsi réduit, la petite sacristie au sud-est, ancien débarras, devient une cuisine, tandis que la cour devient un séjour couvert d’une verrière et une nouvelle chambre, accessible en rez-de-chaussée, plus adaptée à une propriétaire âgée.



Fusion de communes et bis repetita
La fusion des communes de Jeufosse et Port-Villez pour devenir en 2019 la commune de Notre-Dame-de-la-Mer amène à doter cette commune de trois églises au total. Cent ans après la protection de l’église de Jeufosse, une désaffectation et désacralisation est enclenchée pour la troisième chapelle de Notre-Dame-De-La-Mer (ancienne chapelle de Port-Villez) datant du XIIe, non protégée, et située plus au nord isolément en bordure de la départementale 915. Privée d’office depuis les années 2000, difficile d’accès à cause de l’axe à grande vitesse qui la borde et malmenée par les passages incessants de véhicules, sa restauration est jugée trop couteuse par la commune qui enclenche les démarches en vue d’une possible démolition en 2025. C’est à nouveau une initiative citoyenne, mais collective, qui sauve l’église, aidée par une alerte associative, en procédant d’abord à sa protection au titre des monuments historiques puis à une levée de fonds par participation citoyenne épaulée par les aides publiques. Il n’en reste pas moins que l’usage de la chapelle Saint-Pierre de Notre-Dame-de-la-Mer reste à ce jour indéterminé et par conséquent son entretien à long terme n’est pas assuré.

