Le métier d’architecte des bâtiments de France : vingt ans d’expérience dans le Marais 2/2

  • janv. 2020
  • Par Sophie Hyafil , Architecte des bâtiments de France honoraire
Zoom du plan de sauvegarde et de mise en valeur révisé du Marais.  © Cabinet Blanc-Duché
Zoom du plan de sauvegarde et de mise en valeur révisé du Marais. © Cabinet Blanc-Duché

Nommée architecte des bâtiments de France en 1999 à Paris, j’ai été chargée notamment des
IIIe et IVe arrondissements. Passer vingt ans à m’occuper patrimonialement parlant de ce quartier, en accompagnant sa croissance, sa modification, voir l’amplification de sa « gentrification » fut une expérience quasi charnelle.

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De 2008 à 2013, lors de la mise en révision

Cet exercice, réalisé par une équipe tripartite (le Cabinet Blanc-Duché, chargé de la mise en révision du PSMV par voie de concours, un architecte voyer de la Ville de Paris, François Azar, dans un premier temps, puis Jean-Michel Catherinot, devenu depuis lors architecte des bâtiments de France à Chartres, et moi) a été particulièrement enrichissant. À la faveur de visites sur le terrain en compagnie du demandeur, il a permis de construire ensemble les réflexions sur les principaux thèmes de la révision du PSMV et de se créer une culture commune. Celle-ci se forgea sur :

  • le traitement de l’architecture industrielle du XIXe siècle et sa protection ;
  • les grandes parcelles mixtes dans leurs usages mais vouées en partie au curetage par le premier PSMV ;
  • les propriétés du BHV et leur devenir à l’échelle du quartier ;
  • l’introduction de HLM, demandée par la Ville ;
  • l’introduction de l’architecture contemporaine,
  • la création des fiches d’immeubles et des ensembles urbains.
  • le traitement d’îlots issus d’intervention de curetage et de lutte contre l’insalubrité comme l’îlot
    Saint Paul à la fin des années 70
    J’ai indiqué précédemment la méthode employée, pour que l’équipe Blanc Duché et le voyer chargé de la révision du PSMV touchent du doigt les problèmes que rencontrait la gestion du PSMV au quotidien, et la façon de les associer à la réflexion sur les dossiers qui engageaient l’avenir du quartier.
    Cette méthode, très vivante, nécessite un engagement vis à vis de nos interlocuteurs sur la durée. Ce fut le cas du BHV, grand propriétaire du quartier autour de son bâtiment amiral, dès la mise en révision. Motivé par l’extension du grand magasin dans les rues avoisinantes, le BHV se plia à cette discipline. Compte tenu de l’enjeu par rapport au quartier et de l’exemplarité que supposait avoir ce grand magasin de l’est parisien, c’est ensemble que la légende de leurs immeubles a été discutée et arrêtée. Mais avant cela, celui du 39 rue des Francs Bourgeois fit la transition entre le PSMV original et sa mise en révision.

    La société des Cendres 39 rue des Francs Bourgeois (2005-2007) ou la prise en compte du patrimoine industriel

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    La Halle avant travaux.© Pierre Audat architecte.
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    la Halle restaurée.© Pierre Audat architecte.

    Monsieur Boutmy est propriétaire des bâtiments et de l’entreprise qui « lavait » les cendres déposées par les bijoutiers du quartier dès le XIXe siècle, en vue de récupérer l’or où l’argent qu’elles contenaient.
    Elle est devenue un lieu de fabrication de médailles mais aussi de prothèses dentaires. M. Boutmy réfléchissait à la reconversion de ce bâtiment vétuste situé en plein cœur du Marais
    Le premier PSMV prescrivait la démolition de la halle XIXe adossée à l’hôtel haussmannien construit autour d’une petite cour. Démolir cette halle revenait à nier la valeur spatiale et architecturale dont l’expression était inattendue dans ce quartier. Or celle-ci témoignait de l’architecture industrielle que la révision ambitionnait précisément de protéger. C’est ce qui fut décidé, et même plus encore, puisque Dominique Cerclet, CRMH d’Île de France, au regard de la qualité architecturale et structurelle de l’ensemble, proposa, en accord avec le propriétaire, son inscription au titre des Monuments historiques, ancrant ainsi la protection du patrimoine industriel dans une nouvelle ère pour le Marais. L’ensemble fut débarrassé des mezzanines qui cachaient cette architecture, des coursives rajoutées dans la petite cour haussmannienne furent démolies, l’ensemble retrouva un bel équilibre mettant en valeur les caractéristiques de chacun des bâtiments.
    C’est l’enseigne Uniqlo qui le loue actuellement.

    Le 25 de la rue Michel Lecomte (2008-2011) ou le maintien de la mixité dans la réhabilitation de la parcelle artisanale

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    La cour avant travaux. © Atelier Dupont.
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    la cour après travaux. © Atelier Dupont.

    Derrière un immeuble de rapport Louis XVI et des immeubles du XIXe se développe un couloir jouxté de bâtiments et de verrières couvrant des cours, traversant un bâtiment sans intérêt et peu exploitable, en milieu de parcelle. Il débouche sur une cour pavée bordée d’ateliers à R+1+ C, présentant une échelle harmonieuse. Sous l’ancien PSMV, les bâtiments XIXe devaient être détruits et une emprise constructible était proposée, avec des façades donnant sur un potentiel jardin, démolissant la totalité des ateliers, gommant ainsi cet espace, certes vétuste mais de qualité. Or, le PSMV comme le PLU de Paris souhaite mettre en valeur le patrimoine artisanal du XIXe et maintenir, voire créer, la mixité des différentes affectations.
    Très en amont, de nombreuses visites avec Philippe Croisier, architecte au Cabinet Dupont eurent lieu pour repérer en détail ce qui était de l’ordre du patrimoine et qui méritait d’être conservé. Ce fut un travail fait dans la dentelle ; en effet, tout s’était imbriqué au cours du temps.
    S’appuyant sur le nouveau PSMV, la SGIM, bailleur social, décide avec les architectes de réhabiliter cet ensemble en conservant les activités à rez-de-chaussée et en construisant à la place du bâtiment décrit plus haut des logements avec terrasses.
    Ce fut ainsi l’occasion de mettre en valeur des ateliers et les façades XIXe, mais aussi d’introduire le confort par la réouverture de cours permettant un éclairage naturel des pièces principales du rez-de-chaussée, ainsi que la réfection du passage.
    Une expression contemporaine a été recherchée sur la cour artisanale en fond de parcelle, clairement dissociée du bâti existant, pour un bâtiment neuf avec des loggias plein sud munies de volets métalliques coulissant, et pour le passage. En raison de nombreuses surprises, de très nombreuses visites permirent d’orienter et de valider des choix durant tout le chantier.
    Ce travail d’accompagnement, qui rendait le lieu accessible, fut tout à fait passionnant.

    Le BHV et ses propriétés dans le Marais (2008-2018) ou l’urbanisme commercial ET patrimonial

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    Les propriétés du BHV dans le Marais. © Citynove.
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    Eataly Paris Marais - Square Sainte Croix. © Thibaut Voisin 2019.

    Le plan des propriétés donne un aperçu de l’importance pour le quartier que prennent toutes les décisions d’urbanisme de ce grand magasin. Aussi, de très nombreuses visites sur place de l’équipe décrite plus haut furent capitales pour faire toucher du doigt à Citynove représentant le propriétaire et à ses architectes la qualité patrimoniale que revêtent les immeubles appartenant au BHV. Il fallait réfléchir ensemble pour leur devenir en évitant un BHV2.
    Et c’est vers un urbanisme patrimonial que le projet d’ensemble s’est dirigé. Profitant de la continuité de ces propriétés, le promeneur et/ou le client déambule dans les passages cochers et à travers les différentes cours du sud au nord, partant du bâtiment amiral jusqu’ à la fondation Lafayette située rue du Plâtre. Elle fut inaugurée en mars 2018. On peut aussi cheminer d’est en ouest , soit de la cour du Temple, à travers le BHV homme, rejoignant le magasin-restaurant Eataly inauguré au printemps dernier, et ressortant vers la rue des Archives. Il a fallu faire passer l’intérêt de ne pas couvrir les cours, de ne pas artificialiser le tissu urbain du quartier.
    À une période où les copropriétés s’« embastionnent » derrière des grilles et des codes, offrir au piéton de traverser les îlots, loin des voitures, tient de l’expérience, et cela en plein cœur de Paris.

    À partir de 2013

    Avec l’application de la révision du secteur sauvegardé, approuvée le 18 décembre 2013, de retour à l’exercice classique de l’ABF, seule dans ses décisions, associant le voyer de la Ville à chaque fois que cela paraissait nécessaire et Serge Brentrup, chef de l’UDAP de Paris depuis septembre 2013.

    L’hôtel Voysin au 80 rue de Turenne (2012-2015) ou comment l’unique ferme du début XVIIIe permet de retrouver le comble brisé de l’aile nord sur le jardin

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    80 rue de Turenne l’hôtel Voysin, l’ ancien jardin couvert par la verrière. © Bertrand Montchecourt.

    L’hôtel Voysin, aux sobres façades en pierre, entre cour et jardin, a été construit par le grand architecte Libéral Bruand sous Louis XIV, entre une cour entourée de communs et un jardin avec une aile sur le jardin dans une parcelle assez vaste, dont le fond donne sur l’impasse Saint-Claude.
    Au début du XXe siècle, sur le jardin, une aile en retour au sud fut construite en brique et béton avec des baies d’atelier largement vitrées présentant une architecture tramée faisant face à l’aile nord du XVIIe. Une grande verrière couvrit l’ensemble de ce qui restait du jardin.
    Un projet de réhabilitation de cet ensemble immobilier est monté par la SGIM et la SAS « Histoire
    et Patrimoine » pour passer d’une occupation commerciale à la création de neuf logements et de bureaux. Dès 2011, des investigations en archive et des sondages furent lancés tous azimuts, avec la participation de l’historienne Isabelle Deyrins.
    De nombreuses questions se posaient. Comment traiter la façade cour de l’hôtel qui a été tant remaniée ? Pourquoi le toit de l’aile nord sur jardin était-il plat ?
    Son élévation en bout de parcelle présentait une ferme de charpente différente et mon analyse sur place, avec Bertrand Monchecourt architecte du Patrimoine de la SGIM, en charge de ce dossier, nous amena à comprendre que cette ferme était la trace de la charpente d’origine avec un comble brisé. Elle avait été en grande partie modifiée en réalisant une couverture à l’économie peu pentue couverte en zinc sur un étage carré remplaçant la couverture à brisis et terrassons percée de lucarnes.
    Le nouveau règlement des bâtiments protégés pour leur intérêt patrimonial de type B pouvait dès le printemps 2013 -moment de l’instruction du permis de construire- servir d’appui dans la négociation avec la maîtrise d’ouvrage.
    Cela occasionnait une faible perte de mètres carrés et reproportionnait l’ensemble façade/couverture autour du jardin reconstitué après la démolition de la grande verrière qui le couvrait. Un permis de démolir de cette verrière, après moult négociations de l’architecte précédant avec la famille, unique propriétaire, avait été refusé en 2008 par la commission du Vieux Paris.

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    Le jardin et les bâtiments arrière restaurés. © Bertrand Montchecourt.

    À l’époque, l’intérêt que présentait sa charpente en fonte et acier avait prévalu aux yeux de cette commission à la mise en valeur des façades jardin et à la recréation du jardin. Le temps a passé.
    Mais l’état de la charpente en 2013 sous la verrière fuyarde ne permettait plus sa restauration. Par ailleurs, la légende orange au PSMV inscrivait en faux sa conservation, puisque l’activité industrielle avait cessé. Elle masquait la façade jardin de l’hôtel et occupait la totalité de l’ancien jardin, rendant la parcelle extrêmement dense. Ce travail en amont sur le site avec l’architecte du Patrimoine et la nouvelle légende pouvait appuyer la reconstitution du comble à la française. Les analyses de croisées anciennes, notamment de celles de la cage d’escalier sur cour, ont permis de reconstituer une élévation XVIIe de la façade. Cette façon de travailler très en amont du dépôt de permis de construire devenait la règle pour tous les nouveaux projets de réhabilitation.

    Le 66 de la rue de Turenne (2010-2017) ou le curetage du jardin de l’hôtel Boulin

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    La façade sur jardin masquée par le garage. © ITAR.

    Le jardin de l’Hôtel Boulin, construit à la fin du XVIe siècle, était occupé par les ateliers Weber Métaux et un garage en béton sur deux niveaux. Sa façade jardin était rendue invisible par ce très grand volume du garage. Il était légendé en orange au PSMV d’origine, c’est à dire « immeuble dont la démolition pourra être imposée lorsqu’aura cessé l’occupation par des activités industrielles, artisanales et commerciales », à l’occasion d’opérations immobilières. C’était le cas.

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    Le projet de dégagement de l’hotel, création de jardin et création d’un logement dans le reste du garage. © ITAR.
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    La façade sur jardin, dégagée et restaurée. © ITAR.

    Le propriétaire voulait transformer son activité pour y faire un local dédié à l’événementiel comme des défilés de mode, sans le démolir. Ce fut un long accompagnement pour aboutir, avec le nouveau PSMV et de nouveaux propriétaires, à la démolition partielle du garage. Un jardin fut créé avec un recul suffisant pour apprécier la façade restaurée de l’hôtel, fermé par une grille transparente sur le passage. Il fallait saisir cette occasion pour donner une façade contemporaine à la partie conservée du garage, entièrement vitrée par son architecte Ingrid Taillandier, pour éclairer un atelier d’architecture au rez-de-chaussée et un logement autour d’un patio « creusé » à l’intérieur du bâtiment.

    Lafayette Anticipation ou la Fondation Lafayette (2013-2018) au 9 rue du Plâtre ou la prise en compte de la nouvelle légende « gris moyen »

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    La cour couverte avant travaux. © Citynove.
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    La façade de Lafayette Anticipations. ©Delfino Sisto Legnani et Marco Cappelletti.

    Dans la continuité des échanges avec le BHV, nous abordâmes la question de la restauration de locaux artisanaux dans un immeuble fin XIXe pour en faire un lieu de création, d’exposition et de rencontre des artistes avec leur public, orchestré par la Fondation des Galeries Lafayette et Citynove.
    Il fait partie des immeubles artisanaux que le nouveau PSMV entend protéger et mettre en valeur, aussi est-il légendé immeuble à protéger de type B pour son intérêt patrimonial, présentant deux ailes autour d’une cour couverte au-dessus d’un auditorium légendé en jaune. OMA avec Rem Koolhas a été sélectionné par le BHV/ Galeries Lafayette pour travailler sur ce nouveau projet. Démolir l’ancien auditorium légende en jaune ne posa pas de problème.
    En effet, le projet d’OMA prévoyait de le remplacer par une gigantesque cage vitrée dans laquelle les niveaux intérieurs bougent au gré de la hauteur des œuvres à exposer et se connectent aux étages qui l’encadrent.

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    Le gigantesque ascenseur, enserré entre les deux ailes restaurées . ©Delfino Sisto Legnani et Marco Cappelletti.

    Derrière, une cour passage permet de traverser l’îlot et d’atteindre la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie en fond de parcelle, cheminant ainsi vers les autres propriétés du BHV comme il a été décrit plus haut. En revanche, la compréhension du caractère réglementaire de la légende du gris moyen rencontra quelques difficultés. En effet, Rem Koolhas voulait conserver et mettre en valeur uniquement la jolie façade d’atelier en verre enchâssé dans des poteaux en fonte et encadré de brique, et construire à neuf derrière. Or, le règlement stipule que « les structures à éléments de fer et éléments de fonte doivent être conservées et restaurées ; la structure des planchers doit être maintenue, restaurée ou reconstituée ».
    L’exemple de la Société des Cendres qui, depuis avait été protégée Monument historique, fut cité pour le convaincre de conserver la structure et les façades arrière du bâtiment. Le principe de règle générale sur l’ensemble du secteur a aussi été entendu. Rem Koolhass se plia alors de bonne grâce à ce raisonnement et l’accompagnement du projet lors des prises de décisions avec son équipe fut un réel plaisir : travail sur la restauration de l’ensemble des façades, structure du bâtiment en U conservé, recherche de différentes matières et couleurs en cœur d’îlot, restauration de la meulière rocaillée dans la grande cage d’escalier…
    Ce lieu est ouvert au public et rencontre un réel succès.

    Le 79 de la rue des Archives ou l’introduction de l’architecture contemporaine

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    Photo aérienne du 79 rue des Archives avant restauration. © Lobjoy.

    Ce petit hôtel Louis XIII sur rue à R+1+C dessert, par un porche élargi, une cour et un immeuble qui furent traversés, pendant plus de cinquante ans, par les voitures accédant au garage en silo, construit au milieu du XXe siècle sur quatre niveaux et demi, en fond de parcelle, occupant tout l’ancien jardin. La Fondation Cartier Bresson, trop à l’étroit dans le XIVe arrondissement, et la Fondation Sommer, dédiée à la maison de La Chasse et de la Nature dans les hôtels Guénégaud de Brosse et de Mongelas, avaient besoin de bureaux. Ces fondations s’allièrent pour s’installer dans la partie gauche, au rez-de-chaussée de l’hôtel et dans le garage, dont les niveaux inférieurs obscurs sont idéals pour les expositions de photos.
    Que dit le Secteur Sauvegardé ?
    L’hôtel, avec son aile sud en retour, est légendé en gris foncé. Le bâtiment XIXe sur cour et son aile à l’ouest, percée par les deux portes d’accès au garage, est en gris clair. Par ailleurs, le garage est en jaune avec le codicille « E » protégeant l’emploi sur le tiers avant du garage permettant à l’immeuble XIXe de retrouver une cour et les appartements des étages inférieurs des jours principaux. Quelques travées significatives de la structure du garage furent conservées.
    Le cabinet Lobjoy et Bouvier fut chargé du projet. Une négociation âpre s’installa sur le dégagement de la cour et la volonté des architectes de la traiter à la façon d’un « cloître ». Un compromis fut trouvé permettant au visiteur muni de billet d’accéder aux lieux d’exposition à couvert, en démolissant les trois premières travées que comprend cet édifice en béton. Le choix d’une architecture contemporaine pour la nouvelle façade s’imposa pour ce programme qui a été inauguré à la fin de l’année 2018. Elle est traitée en moucharabieh d’aluminium d’un gris chaud qui cachent des coursives devant la nouvelle façade pignon entièrement vitrée d’une partie de l’ancien garage. Ce dispositif ménage des loggias et protège les vues des pièces principales, situées maintenant à onze mètres de cette façade métallique, et améliore ainsi la coexistence entre logements et lieux de travail.

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    À gauche, la nouvelle façade pour les Fondations, créée à onze mètres des façades du bâtiment XIXe ; à droite, la cour arrière traitée façon cloître. © Sophie Hyafil.

    Ces négociations eurent pour base, outre le secteur sauvegardé, la structure tramée du garage. En effet, cette dernière contraignait à la démolition partielle et offrait ainsi la possibilité de fermer ou non les galeries longeant la cour, à la manière d’un cloître, en protégeant l’intimité des logements des étages du bâtiment du XIXe siècle du bruit des conversations des visiteurs. Cette réalisation illustre aussi la mixité possible des affectations dans un tissu urbain sensiblement dédensifié, donnant à lire facilement la succession des époques de construction.

    Conclusion

    Parce qu’il faut bien conclure un article, et que la vie continue…
    Ces quelques exemples sont autant d’arrêts sur image illustrant ce qui a toujours été ma manière de travailler, au plus près des bâtiments, partageant avec l’architecte et le maître d’œuvre les réflexions et leurs interrogations. Aussi, très souvent les décisions furent prises à plusieurs têtes et donc vraiment partagées. Et la satisfaction aussi. C’est très important.
    En effet, tisser des rapports de confiance avec mes interlocuteurs a été fructueux.
    Parfois, nous avons eu l’occasion de retravailler ensemble, ce quartier est un petit monde où l’information circule. Ce fut d’autant plus gratifiant.

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