Tous mobilisés en faveur de l’Année européenne du patrimoine culturel 2018 !

  • juil. 2018
  • Par Bruno Flavel , chef du département des affaires européennes et internationales et coordinateur national de l’Année européenne du patrimoine culturel 2018

Que de progrès et d’avancées dans les secteurs du patrimoine en Europe depuis 10 ans ! Les effets directs et indirects du patrimoine restent peu ou mal reconnus, alors qu’il constitue un instrument majeur d’aménagement, de développement durable et de cohésion sociale. Nous savons tous que le patrimoine concourt à la qualité de vie des citoyens européens et à l’attractivité des territoires, au développement de l’économie locale, qu’il favorise des emplois non délocalisables, dans le secteur des petites et moyennes entreprises, qu’il encourage l’accès des jeunes à des formations qualifiantes et permet la transmission de savoir et de savoir-faire.

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L’arc de triomphe illuminé aux couleurs de l’Europe à l’occasion de la journée de l’Europe du 9 mai dernier

Le patrimoine représente un sujet important pour l’Union européenne, en termes d’économie, de développement, d’environnement, de qualité de vie et de bien-être social. L’Année européenne du patrimoine culturel 2018 est une initiative proposée par l’Allemagne, soutenue dès l’origine par la France puis par le Parlement européen. Son intention est de réaffirmer l’unité culturelle de l’Europe dans un contexte politique parfois troublé.

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Cette Année européenne du patrimoine culturel 2018 est mise en œuvre dans une trentaine de pays européens. Coordonnée par la Commission européenne, iI s’agit d’une campagne d’information et de sensibilisation de l’ensemble des publics et des acteurs à la richesse du patrimoine. L’obtention du label résulte d’un processus décisionnel propre à chaque pays, visant à valoriser des projets vecteurs de dynamisme économique, de cohésion sociale et environnementale du patrimoine tant à l’échelon local, national et européen.
En France, Madame Françoise Nyssen, ministre de la Culture a souhaité que la procédure de labellisation soit déconcentrée auprès des Directions régionales des affaires culturelles (DRAC). Monsieur Bruno Favel, Chef du Département des affaires européennes et internationales à la Direction générale des Patrimoines, est le coordinateur national de cette Année.

Une Année européenne de tous les patrimoines en France

En France, la richesse du projet tient en particulier au traitement pluridimensionnel de la notion de patrimoine : industriel, archéologique, immatériel, cinématographique, audiovisuel, musical, création artistique, etc. Plus de 1 000 évènements et projets ont déjà été labellisés (juillet 2018), organisés par une myriade d’acteurs au niveau local ou national, dont le point commun réside dans une ambition de découverte et de médiation, de décloisonnement et d’apprentissage.
Tous les territoires et tous les publics sont concernés : centres et périphéries, villes et milieux ruraux, étudiants et universitaires, grand public et scolaires.

La période de labellisation s’étend jusqu’au 31 décembre 2018. Le label peut donc être octroyé tout au long de l’année 2018.

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Capture d’écran de la carte interactive présentant tous les projets labellisés à travers les territoires.

Sur le site internet consacré à l’opération en France et dans les autres pays, une carte interactive présente chaque évènement ou projet labellisé et valorise ainsi la vaste palette du tissu associatif, institutionnel, professionnel et citoyen qui fait la richesse du patrimoine en France. Tous ces projets, évènements et manifestations sont l’occasion de promouvoir le travail de l’ensemble des acteurs du patrimoine à l’échelle des territoires (collectivités, professionnels, tissu associatif, structures universitaires ou de recherche, etc). L’Année européenne du patrimoine représente ainsi une occasion exceptionnelle dans la structuration d’un écosystème professionnel européen des patrimoines.
Des partenariats permettent de sensibiliser un public large : la chaîne de télévision ARTE pour la diffusion de documentaires patrimoniaux, “Toute l’Europe !”, site internet référent pour les questions relatives à l’Union européenne et le Relais Culture Europe, guichet d’information sur les financements européens ouverts à la culture. Ces partenariats permettent de donner une coloration européenne aux événements patrimoniaux et une coloration patrimoniale aux évènements européens, tels que la Fête de l’Europe, la Journée européenne des langues, la Semaine européenne de la formation professionnelle, les Erasmus days, etc.
Enfin, un feuilleton patrimonial hebdomadaire est diffusé sur les réseaux sociaux en fin de semaine par le ministère de la Culture, tout au long de l’année 2018 pour des idées de sortie, le week-end, partout en France.

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Ouverture du Carrousel Musical, une création mondiale. L’Abbaye aux Dames, à Saintes, centre culturel de rencontre, a lancé Musicaventure, une expérience sensorielle et connectée de l’abbaye et de la musique grâce aux nouvelles technologies. © Sébastien Laval.

Le site patrimoineeurope2018.fr, disponible en 5 langues (allemand, anglais, espagnol, français, italien) offre, en outre, d’autres rubriques. « Actualités en Europe » décrit les initiatives européennes et transnationales ; « Médias de l’année » met en lumière des outils et applications numériques, cartographiques et pédagogiques innovants ; « Présentation de l’année » permet de mieux comprendre les institutions européennes, leurs actions et la dynamique actuelle en faveur du patrimoine. Les évènements nationaux récurrents, organisés ou soutenus par le ministère de la Culture, sont placés sous le thème de l’Année européenne du patrimoine culturel, notamment : Tous à l’opéra (5-6 mai) ; la Nuit européenne des musées (19 mai) et son module « la Classe, l’œuvre ! » pour les scolaires ; les Rendez-vous aux Jardins (1er, 2, 3 juin), élargis pour la première fois cette année à 15 pays européens ; les Journées nationales de l’archéologie (15, 16 et 17 juin) ; les Journées européennes du patrimoine (15-16 septembre); les Journées nationales de l’architecture (19, 20 et 21 octobre), etc…

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“Rendez-vous aux jardins” au jardin Albert Kahn à Boulogne Billancourt, inscrit au titre des Monuments historiques le 16 décembre 2015

Ce site, à travers sa carte interactive, aura pour ambition de faire émerger des projets novateurs et vecteurs d’attractivité culturelle des territoires, de dynamisme économique, de cohésion sociale et environnementale.

L’Année européenne, étape clef dans la construction de l’Europe des patrimoines

En 2010, la Déclaration de Bruges, adoptée sous présidence belge du Conseil de l’Union européenne, visait notamment à créer une plateforme européenne regroupant les acteurs du secteur patrimonial. Ainsi, un groupe de réflexion « patrimoine et Union européenne » a été créé afin de fédérer ces initiatives, de mutualiser les efforts vis-à-vis de l’Union européenne et de développer le dialogue avec les institutions européennes compétentes. Des résultats concrets ont été obtenus  :
-organisation de conférences majeures sur le patrimoine au niveau européen et l’adoption de textes importants (Conclusions des ministres de la culture et de l’audiovisuel sur la « dimension stratégique du patrimoine culturel pour une Europe durable », mai 2014 sous Présidence grecque ; Conclusions des ministres de la culture et de l’audiovisuel sur la « gouvernance participative du patrimoine culturel », novembre 2014 sous Présidence italienne).
-inscription du patrimoine dans l’Agenda culturel européen (2015-2018) : mise en place de groupes de travail dans le cadre de la Méthode ouverte de coordination sur : « gouvernance participative du patrimoine culturel » (2015-2016) et « compétences, formation et transfert de connaissances : métiers traditionnels et émergents dans le domaine du patrimoine » (2017-2018)
-publication d’une Communication de la Commission européenne « Vers une approche intégrée du patrimoine culturel européen », qui reconnaît le rôle du secteur patrimonial dans la politique et la stratégie européennes, 2014 et d’une « Cartographie des actions en matière de patrimoine culturel dans les politiques, programmes et activités de l’Union européenne », qui présente les programmes européens permettant de financer des actions en faveur du patrimoine dans l’ensemble des secteurs.
-publication d’un avis du Comité européen des régions sur « l’approche intégrée du patrimoine culturel européen », en 2015.
-adoption par le Parlement européen, d’une Résolution «Vers une approche intégrée du patrimoine culturel européen», novembre 2015.
-publication d’un Eurobaromètre sur le patrimoine culturel en Europe : 84% des citoyens européens sont attachés à leur patrimoine culturel, 88 % conviennent que le patrimoine culturel de l’Europe devrait être enseigné dans les écoles, décembre 2017, …
Mais cette dynamique s’inscrit également dans une ambition plus large visant à « refonder l’Europe par la culture », souhaitée par plusieurs pays européens. Réunis en 2015, les ministres du patrimoine des 47 États-membres du Conseil de l’Europe ont voulu définir une « Stratégie européenne pour le patrimoine au XXIe siècle ». La Recommandation, préparée par les représentants du Comité Directeur Culture, Patrimoine et Paysage, présidé par Monsieur Bruno Favel, puis adoptée par le Comité des Ministres des 47 États-membres du Conseil de l’Europe à Strasbourg, en février 2017. Cette Stratégie européenne pour le patrimoine au XXIe siècle s’articule autour de trois composantes : la « composante sociale », la « composante du développement territorial et économique » et la « composante de la connaissance et de l’éducation ».

Perspectives

L’Année européenne du patrimoine représente une occasion exceptionnelle dans la structuration d’un écosystème professionnel européen des patrimoines. Il s’agit de profiter de cette dynamique pour définir des objectifs ambitieux à court et moyen terme :
-encourager la mobilité des professionnels et des artistes, notamment des jeunes, favoriser des formations professionnalisantes, des stages d’observation des milieux professionnels européens, des échanges de techniques, savoirs et savoir-faire et des confrontations d’idées et de (bonnes) pratiques. Ces missions d’observation, de mise en situation et de formation par les pairs sont primordiales dans la construction de l’Europe de la culture et permettraient ensuite d’encourager le montage de projets, d’actions de coopération et de structuration des réseaux professionnels dans différents domaines.
-encourager la transmission des savoirs, des savoir-faire patrimoniaux et des pratiques en Europe et la sensibilisation des citoyens au patrimoine, élément fédérateur pour une éducation constante et un apprentissage tout au long de la vie. Il est important de valoriser l’excellence européenne, fruit de la diversité et de la qualité du travail effectué par une myriade de professionnels du patrimoine.
-encourager le développement d’outils numériques pour offrir l’accès au savoir patrimonial européen par le numérique et créer de nouveaux services mutualisés, accessibles, incitatifs et participatifs à l’ensemble des publics. À l’heure de la transition numérique, tous les secteurs du patrimoine s’intéressent aux outils et technologies numériques afin d’offrir l’accès et la participation au savoir, notamment pour les jeunes, de faciliter la recherche, de conserver des vestiges patrimoniaux en danger, de restituer virtuellement des patrimoines disparus et recréer ainsi le lien entre mémoire du passé et défi de l’avenir.
-poursuivre l’échange de bonnes pratiques en Europe, à la lumière de la Stratégie 21 pour prolonger cette émulation entre institutions patrimoniales nationales, régionales et locales, élus et décideurs locaux, professionnels (travaillant pour la plupart dans des petites entreprises), tissu associatif et société civile, ainsi que l’ensemble des citoyens mobilisés en faveur des patrimoines.
L’historien français, Jacques Le Goff, a écrit dans Visions d’Europe : « L’histoire est mouvement. Au sein de ce mouvement, l’Europe est construction. Elle se fait lentement, dans la longue durée, comme toutes les créations historiques d’importance. »
Quelques chapitres ont certes déjà été écrits, mais libre à nous tous de poursuivre ensemble cette histoire patrimoniale, d’inventer de nouveaux épisodes de la construction d’une Europe des patrimoines, avec et pour tous les citoyens européens.

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